Pendant trois jours, le SITL 2026 a confirmé une réalité que beaucoup d’acteurs du secteur pressentaient déjà : la logistique évolue rapidement, mais dans un environnement de plus en plus incertain.
D’un côté, l’activité reste soutenue, portée par la croissance continue du e-commerce et par des exigences accrues en matière de délais et de qualité de service. De l’autre, les entreprises doivent composer avec un contexte économique, réglementaire et énergétique instable, qui rend les trajectoires d’investissement plus complexes.
Dans ce contexte, le secteur n’est plus simplement en transformation. Il est en permanence en situation d’arbitrage, entre performance, coûts, contraintes réglementaires et transition énergétique.
Dernier kilomètre : une croissance sous contrainte
Les fondamentaux du marché du dernier kilomètre restent dynamiques. Le e-commerce a progressé de 7 % en 2025, tandis que les volumes de colis traités par La Poste ont augmenté de 3,7 %. Cette croissance continue confirme le rôle structurant de la livraison dans les chaînes logistiques modernes.
Cependant, derrière cette dynamique, le marché montre des signes de tension. On observe une concentration progressive des acteurs, une pression accrue sur les marges et une augmentation des cessations d’activité. Le dernier kilomètre devient ainsi un segment à la fois stratégique et fragile.
L’électrification des flottes constitue une tendance de fond qui se confirme. L’offre de véhicules utilitaires électriques s’élargit rapidement, portée par les constructeurs européens mais aussi par l’arrivée d’acteurs internationaux. En parallèle, les solutions de livraison hors domicile, notamment les consignes automatisées, connaissent une forte croissance et s’imposent progressivement comme un standard du marché.
En revanche, plusieurs freins persistent. L’instabilité réglementaire, notamment autour des zones à faibles émissions et des dispositifs de soutien public, complique les décisions d’investissement. Le manque d’espaces logistiques urbains limite les capacités de massification et de rapprochement des flux. Enfin, certains modèles comme la cyclologistique peinent à franchir un cap, malgré leurs bénéfices environnementaux.
La décarbonation n’est donc plus une question d’intention, mais de conditions concrètes de mise en œuvre.
Le foncier logistique : un verrou structurel
Le SITL 2026 a également mis en lumière un enjeu majeur pour le développement de la logistique urbaine : l’accès au foncier.
Aujourd’hui, il faut entre trois et cinq ans pour ouvrir un entrepôt en France, contre un à deux ans dans plusieurs pays européens. Ce différentiel constitue un handicap compétitif important, dans un contexte où les flux continuent d’augmenter et où la proximité des points de livraison devient essentielle.
Cette situation entraîne une saturation progressive des centres urbains, complique la mise en place de solutions de massification et freine directement les stratégies de décarbonation. Des solutions alternatives émergent, comme les microhubs installés dans des parkings ou des conteneurs urbains, mais elles restent encore insuffisantes pour répondre aux besoins à grande échelle.
La capacité à développer des espaces logistiques de proximité apparaît aujourd’hui comme une condition indispensable pour réussir la transformation du secteur.
Intralogistique : vers une logistique pilotée et prédictive
L’un des enseignements les plus structurants du salon ne concerne pas directement le transport, mais l’entrepôt et l’intralogistique.
L’automatisation, déjà largement engagée, n’est plus en soi un facteur différenciant. De même, la collecte de données est désormais généralisée. Le véritable enjeu réside désormais dans la capacité à exploiter ces données pour piloter des systèmes complexes.
Le développement du jumeau numérique prédictif illustre cette évolution. Il ne s’agit plus seulement de visualiser les opérations, mais de modéliser les flux, d’anticiper les aléas et de simuler des scénarios avant leur mise en œuvre. Cette approche permet de tester différentes configurations logistiques en quelques minutes, là où des mois d’expérimentation étaient auparavant nécessaires.
Cette évolution marque le passage d’une logistique essentiellement opérationnelle à une logistique pilotée, capable d’anticiper et d’optimiser en continu.
Une équation devenue plus complexe
Le SITL 2026 met en évidence une tension centrale pour les acteurs du secteur. Ils doivent simultanément accélérer leurs opérations, réduire leurs émissions, maîtriser leurs coûts et absorber un niveau d’incertitude croissant.
Cette complexité est renforcée par plusieurs facteurs, notamment la hausse des coûts de l’énergie et des matières premières, les tensions géopolitiques et les difficultés de recrutement. Dans ce contexte, le modèle logistique traditionnel atteint ses limites et doit évoluer vers des approches plus intégrées et plus résilientes.
Les enseignements clés pour TENLOG
Trois évolutions majeures ressortent de cette édition du SITL.
La première est que la logistique devient un enjeu stratégique à part entière. Elle ne se limite plus à une fonction opérationnelle, mais s’impose comme un levier de compétitivité pour les entreprises et les territoires.
La deuxième est que la décarbonation entre dans une phase de maturité. Les effets d’annonce laissent place à une recherche de solutions économiquement viables et opérationnellement robustes.
La troisième est que la technologie transforme profondément les métiers. Il ne s’agit plus simplement de gérer des flux, mais d’orchestrer des systèmes complexes, en s’appuyant sur la donnée et les outils de simulation.
Focus sur des solutions innovantes observées
Certaines solutions présentées ou identifiées lors du salon illustrent concrètement ces transformations.

Dans le domaine du transport sous température dirigée, les solutions développées par Sofrigam avec la technologie Coldway apportent une réponse adaptée aux contraintes du dernier kilomètre. Elles permettent de concilier performance thermique, réduction de la consommation énergétique et adaptation aux différents châssis de véhicules utilitaires. Cette approche montre que la décarbonation ne peut réussir que si elle s’intègre pleinement dans les réalités opérationnelles des métiers.
Lien : Solution de froid embarqué pour transport réfrigéré | Sofrigam

Par ailleurs, les dispositifs de formation proposés dans le cadre du programme INTERLUD jouent un rôle essentiel pour accompagner les entreprises dans leur transition énergétique. Ils apportent des méthodologies concrètes pour analyser les besoins, comparer les différentes énergies disponibles et structurer des trajectoires de sortie du diesel. Cela confirme que les freins à la transition sont autant organisationnels que techniques.
Lien : Professionnel.le.s et enseignant.e.s : Formation – Interlud

Dans une logique d’optimisation des flux, le projet Fluroute propose une approche innovante en combinant transport routier et fluvial. En permettant à un camion d’embarquer sur une barge pendant que le conducteur effectue son repos réglementaire, la solution assure une continuité du transport tout en réduisant la consommation énergétique. Cette approche illustre le potentiel du report modal lorsqu’il est pensé comme un levier de performance globale.
Lien : Fluroute : LinkedIn

Enfin, la solution Truckly explore un modèle inédit en valorisant les sièges passagers inoccupés dans les cabines de poids lourds. En permettant le transport de voyageurs sur des trajets existants, elle génère des revenus complémentaires pour les entreprises et les conducteurs, tout en contribuant à l’attractivité du métier. Cette initiative montre que l’optimisation des ressources passe aussi par une meilleure utilisation des actifs existants.
Lien : Truckly
TENLOG au cœur des transformations
La présence de TENLOG au SITL 2026, ainsi que l’intervention de François de BERTIER, ont permis de porter une vision claire des enjeux du secteur.
La décarbonation et l’intelligence artificielle ne doivent pas être abordées séparément. Elles constituent deux dimensions complémentaires d’une transformation globale, où la technologie permet de piloter des systèmes plus complexes et où la transition énergétique redéfinit les modèles économiques.
Dans ce contexte, le rôle de TENLOG est d’accompagner les acteurs vers des solutions concrètes, adaptées aux réalités des territoires et aux contraintes opérationnelles.
Retrouvez l’interview intégrale ici : Interview SITL 2026
Conclusion
Le SITL 2026 n’a pas été le théâtre d’une rupture spectaculaire, mais il a confirmé une transformation profonde déjà engagée.
Les modèles évoluent, les solutions se testent et les arbitrages deviennent plus exigeants. La question n’est plus de savoir s’il faut évoluer, mais à quelle vitesse et selon quelles modalités.
Dans cet environnement, les acteurs qui réussiront ne seront pas nécessairement ceux qui innovent le plus, mais ceux qui sauront prendre des décisions lucides, adaptées à la complexité du réel.