Véhicules légers intermédiaires : quelle place pour le transport et la logistique en Occitanie ?

13 Oct 2026 | Actualités

Le 13 octobre 2026, TENLOG a participé à la journée consacrée aux véhicules légers intermédiaires, organisée par l’ADEME et la Région Occitanie à La Cité, à Toulouse. Entre le vélo et l’automobile, ces solutions ouvrent de nouvelles perspectives pour les déplacements du quotidien, mais aussi pour certaines activités professionnelles. Livraisons de proximité, déplacements sur site, interventions techniques : leur intérêt se mesure à leur capacité à répondre à un besoin réel, avec un véhicule correctement dimensionné.

En ouverture de la journée, Jean-Luc Gibelin, vice-président de la Région Occitanie chargé des mobilités et des infrastructures de transports, et Céline Vachey, directrice régionale de l’ADEME Occitanie, ont souligné l’importance d’adapter les solutions de mobilité aux besoins réels des territoires et des usagers. Leurs interventions ont mis en avant une ambition commune : réduire la dépendance aux énergies fossiles, expérimenter des véhicules plus sobres et accompagner l’émergence d’une filière créatrice d’activités et d’emplois. Jean-Luc Gibelin a notamment évoqué les expérimentations menées dans cinq territoires, qui correspondent à la démarche régionale « Labo Viu » : Prades, Alès, Saint-Girons, l’Armagnac et Millau. Ces laboratoires vivants visent à construire, avec les habitants, les employeurs et les collectivités, des bouquets de services de mobilité adaptés aux besoins locaux. Cette approche dépasse les seuls VELI et souligne l’importance d’intégrer chaque solution dans une offre cohérente à l’échelle du territoire. En savoir plus sur les Labo Viu – liO Occitanie.

Dans le prolongement de cette ouverture, Gabriel Plassat et Clara François, pour l’ADEME, ainsi que Fabrice Gouze, pour la Région Occitanie, ont présenté les avancées de la filière et les enseignements des premières expérimentations. Les échanges ont souligné un enjeu central : passer des prototypes à des véhicules disponibles, adaptés aux usages et faciles à entretenir. Entre le programme national eXtrême Défi Mobilité, les retours d’expérience de l’AMI VELI-VÉLO et les perspectives régionales, une priorité se dessine : rapprocher les constructeurs des utilisateurs pour accompagner un déploiement durable, notamment dans les flottes professionnelles et les collectivités.

Les VELI, une famille de véhicules encore peu connue

L’expression « véhicules légers intermédiaires », souvent abrégée en VELI ou « vélis », désigne une famille de solutions située entre le vélo et la voiture. Elle comprend notamment des vélos-cargos, des tricycles protégés, des vélomobiles et de petits véhicules électriques à trois ou quatre roues. Certains demandent de pédaler, avec une assistance électrique ; d’autres fonctionnent sans effort physique du conducteur.

Cette diversité est essentielle pour comprendre le sujet. Un vélo-cargo destiné à une tournée en centre-ville et un petit utilitaire électrique carrossé répondent à des besoins différents. Ils n’offrent ni les mêmes capacités d’emport, ni le même confort, ni les mêmes possibilités de circulation. Le terme VELI décrit donc un ensemble de solutions, plutôt qu’un modèle unique à déployer partout.

Leur point commun est de chercher à transporter une personne, quelques passagers ou une charge adaptée avec moins de masse et de ressources qu’une automobile classique. La question de départ est très concrète : de quel véhicule avons-nous réellement besoin pour accomplir ce trajet ou cette mission ?

Pour une entreprise, cela revient à regarder autrement une partie de son parc. Une voiture ou un fourgon peuvent être indispensables pour certaines tâches, tout en étant surdimensionnés pour d’autres. Les véhicules intermédiaires proposent une réponse supplémentaire à cet écart entre la capacité disponible et le besoin réel.

Des véhicules à découvrir sur les stands et à essayer en extérieur

Une journée pour relier les véhicules, les usages et les territoires

Le programme associait les interventions de l’ADEME et de la Région, une conférence du chercheur Aurélien Bigo, ainsi que des temps d’exposition et d’essais. Il prévoyait également une table ronde organisée par AUMOVIO sur les quadricycles des segments L6/L7 et trois ateliers : mobilité solidaire et inclusive, nouveaux produits touristiques et rationalisation des flottes captives. Une flotte captive est un parc affecté à un site ou à des missions régulières, dont les parcours sont relativement prévisibles.

Les présentations suivies par TENLOG ont mis en évidence un enjeu commun : faire progresser simultanément les véhicules, leur utilisation et les conditions de leur déploiement. Un prototype performant ne suffit pas si l’utilisateur ne peut pas l’essayer, si le véhicule est difficile à entretenir ou si les parcours disponibles ne lui conviennent pas.

Cette approche rejoint directement les préoccupations de la filière transport et logistique. Les professionnels ont besoin d’un outil de travail disponible, fiable et compatible avec leurs engagements de service. La pertinence d’un VELI se juge donc sur une mission complète, et pas seulement sur une fiche technique.

Conférence d’Aurélien BIGO sur la place des VELIS dans la transition des mobilités

Décarboner les déplacements : l’énergie compte, le dimensionnement aussi

La conférence d’Aurélien Bigo a replacé les véhicules intermédiaires dans une réflexion plus large sur la transition des transports. L’électrification constitue un levier, aux côtés de la réduction des déplacements nécessaires, du report vers d’autres modes, d’un meilleur remplissage et de l’amélioration de l’efficacité des véhicules.

Le choix de la motorisation ne règle donc pas, à lui seul, toutes les questions. La masse du véhicule, la taille de sa batterie et les matériaux nécessaires à sa fabrication influencent également son impact. Pour une mission légère et régulière, réduire le gabarit peut permettre de diminuer les besoins énergétiques tout en limitant les ressources mobilisées.

Les comparaisons présentées pendant la conférence soulignent l’intérêt environnemental potentiel de véhicules plus légers. Elles invitent à raisonner sur l’ensemble du cycle de vie : fabrication, énergie, utilisation, entretien et fin de vie. Les résultats dépendent cependant du modèle, de sa durée d’utilisation et surtout du déplacement qu’il remplace.

Ce dernier point est déterminant. Un véhicule intermédiaire apporte un bénéfice lorsqu’il remplace effectivement un trajet ou un véhicule plus consommateur. S’il crée des déplacements supplémentaires ou prend la place d’une marche ou d’un trajet à vélo déjà possible, le résultat est différent. Pour une flotte professionnelle, l’évaluation doit donc partir de l’organisation existante et de la quantité de service réellement rendue.

Transport et logistique : des applications à examiner mission par mission

Pour TENLOG, plusieurs applications professionnelles méritent d’être étudiées. Les exemples ci-dessous sont des pistes d’usage tirées des enseignements de la journée, et non des performances validées pour les véhicules exposés.

La livraison de proximité et le dernier kilomètre

Des flux légers, des arrêts fréquents et des distances limitées peuvent constituer un terrain pertinent pour un vélo-cargo ou un petit véhicule utilitaire intermédiaire. Il peut s’agir de colis de petit format, de documents, de pièces détachées ou d’approvisionnements de proximité.

L’intérêt potentiel tient à plusieurs facteurs : énergie nécessaire, encombrement, facilité de stationnement et adaptation à des tournées locales. Mais un véhicule plus petit doit conserver une capacité suffisante. Un gain sur la consommation peut être annulé si la réduction de l’emport impose des retours supplémentaires au dépôt ou multiplie les tournées.

L’analyse doit porter autant sur le volume que sur le poids, sur la sécurité des marchandises et sur le temps de chargement. Les livraisons sous température dirigée, les marchandises fragiles ou les charges particulières nécessitent en outre des équipements et des validations propres à l’activité.

Les déplacements et les flux internes sur les sites

Une plateforme logistique, un site industriel, un établissement public ou un ensemble de bâtiments peut générer de nombreux petits déplacements : porter des outils, acheminer des consommables, déplacer des pièces ou rejoindre un atelier.

Ces missions présentent souvent des conditions favorables à un premier essai : trajets connus, distances limitées, retour au même point et possibilités d’organiser la recharge. Un VELI pourrait y prendre en charge certains déplacements aujourd’hui réalisés avec une voiture ou un utilitaire plus lourd.

Le véhicule doit toutefois s’intégrer à la circulation du site, aux règles de sécurité et aux contraintes de manutention. La coexistence avec les poids lourds, les engins et les piétons fait partie du diagnostic.

Les interventions techniques et les services de proximité

Les équipes de maintenance ou les agents effectuant des interventions locales peuvent également avoir des besoins compatibles avec un véhicule intermédiaire : transporter une personne, un outillage limité et quelques pièces, sur un périmètre régulier.

L’enjeu consiste à identifier les missions suffisamment prévisibles pour disposer d’un équipement adapté. Une intervention nécessitant un matériel exceptionnel peut rester confiée à un autre véhicule du parc. Cette répartition suppose une organisation claire, afin que les utilisateurs disposent du bon outil au bon moment.

Mission à étudier Famille de véhicule à examiner Critères décisifs
Tournée locale de petits colis Vélo-cargo, triporteur ou petit utilitaire électrique Volume utile, poids, arrêts, distance, accès et manutention
Transport d’outils entre bâtiments Cargo ou utilitaire intermédiaire Emport, circulation sur site, sécurité et recharge
Intervention technique de proximité Petit véhicule carrossé à vocation utilitaire Outillage, météo, parcours, confort et disponibilité
Déplacement d’un salarié vers un site VELI adapté à la personne et au parcours Continuité de l’itinéraire, horaires, sécurité et stationnement

Le tableau est une grille de réflexion : aucun choix de véhicule ne peut être arrêté sans vérifier ses caractéristiques et les conditions d’exploitation.

La mobilité des salariés, un autre sujet pour les entreprises

Les entreprises de transport et de logistique sont aussi concernées par l’accès de leurs salariés aux sites d’activité. Les horaires décalés, l’éloignement des plateformes et la faiblesse de certaines dessertes peuvent rendre la voiture individuelle difficile à remplacer.

Un véhicule intermédiaire peut, selon le parcours, compléter une offre de transport collectif ou répondre à un déplacement local. Il faut toutefois tenir compte de la sécurité de l’itinéraire, des conditions météo, de l’éclairage, du stationnement et du profil de l’utilisateur. Le raisonnement porte ici sur la mobilité des personnes, avec des contraintes différentes de celles d’une tournée de livraison.

En Occitanie, les « Labo Viu » illustrent une démarche territoriale plus large : construire des bouquets de services avec les habitants, les employeurs et les collectivités. Les cinq bassins pilotes annoncés sont Prades, Alès, Saint-Girons, l’Armagnac et Millau. Cette démarche ne se limite pas aux VELI et ne doit pas être confondue avec cinq expérimentations exclusivement consacrées à ces véhicules.

L’Occitanie prépare le passage de l’expérimentation au déploiement

La perspective régionale présentée à l’occasion de la journée associe tests d’usage et soutien à la filière. La feuille de route prévoit une phase d’expérimentation, puis un déploiement plus large. Les lycées figurent parmi les terrains envisagés pour des missions telles que les livraisons internes, les déplacements entre sites ou l’approvisionnement de la restauration scolaire.

Ces usages montrent que les besoins logistiques peuvent constituer un point d’entrée concret. Ils permettent d’observer le véhicule dans une organisation réelle, avec des utilisateurs identifiés, des charges à déplacer et des contraintes de service.

Les échanges ont également insisté sur la construction d’un écosystème : conception, production, composants, distribution, entretien et réparation. La diversité des véhicules peut coexister avec une recherche de composants communs. Cette mutualisation pourrait faciliter la maintenance et contribuer à maîtriser les coûts, à condition que la filière parvienne à structurer une offre durable.

Des freins très concrets : disponibilité, maintenance et coût d’expérimentation

Le bilan de l’appel à manifestation d’intérêt VELI-VÉLO présenté pendant la journée met en évidence un décalage entre le besoin de tester les véhicules pendant plusieurs mois et leur disponibilité actuelle.

Les obstacles concernent notamment l’accès à des véhicules pour des essais suffisamment longs, le coût de la location et du convoyage, ainsi que la difficulté à trouver une maintenance de proximité. En milieu rural, une réparation peut immobiliser le véhicule si les réseaux locaux ne disposent pas des compétences ou des équipements nécessaires.

La mobilisation des équipes constitue un autre facteur décisif. Confort, sécurité perçue, maniabilité, protection contre les intempéries et capacité d’emport influencent l’adoption. Un véhicule techniquement capable de réaliser une mission doit aussi être acceptable pour les personnes qui l’utiliseront quotidiennement.

Pour un professionnel, ces questions ont une traduction économique directe. Le coût total de possession et d’usage comprend l’achat ou la location, l’énergie, l’entretien, l’assurance, mais aussi les conséquences des immobilisations. La comparaison doit intégrer le temps de travail, les éventuels trajets supplémentaires et le véhicule de remplacement nécessaire en cas d’indisponibilité.

Pour une entreprise, commencer par un essai mesuré

La démarche la plus utile consiste à sélectionner une mission précise avant de choisir un véhicule. Une tournée récurrente, un déplacement entre bâtiments ou une intervention de proximité peuvent permettre de tester la solution sans engager immédiatement une transformation de l’ensemble du parc.

L’entreprise peut procéder en quatre étapes :

  1. Décrire le besoin actuel : distances, charges, volumes, arrêts, temps de travail, parcours et contraintes saisonnières.
  2. Vérifier l’adéquation du véhicule : emport utile, autonomie en conditions réelles, recharge, confort, sécurité et compatibilité avec les voies empruntées. Les caractéristiques d’homologation et les conditions de circulation doivent être vérifiées pour le modèle retenu.
  3. Organiser un essai suffisamment représentatif : utilisateurs habituels, chargement réel, météo variée et solution de continuité de service.
  4. Comparer les résultats à la situation de départ : coût par mission, énergie, nombre de trajets, temps de travail, disponibilité et satisfaction des utilisateurs.

La bonne unité de comparaison peut être la livraison effectuée, l’intervention réalisée ou le service rendu. Le coût au kilomètre, pris isolément, risque de masquer une différence de productivité ou de capacité.

Ce que TENLOG retient pour la filière

Cette journée confirme l’intérêt d’intégrer les véhicules intermédiaires à la réflexion sur la décarbonation des activités de transport et de logistique. Ils élargissent les possibilités pour des besoins aujourd’hui parfois couverts par des véhicules plus lourds : petits flux, proximité, déplacements internes et services techniques.

Pour les adhérents, la première question est donc celle des missions : lesquelles pourraient être accomplies avec un véhicule plus léger, tout en maintenant la qualité de service ? La réponse nécessite un dialogue entre utilisateurs, responsables d’exploitation, fournisseurs et acteurs de la maintenance.

TENLOG peut contribuer à cette mise en relation, à l’identification de cas d’usage et au partage des retours d’expérience. L’enjeu est de faire émerger des essais utiles à la filière, dont les résultats permettent de décider : déployer la solution, l’adapter ou retenir un autre mode de transport.

Le potentiel des VELI se concrétisera là où le véhicule, le parcours et l’organisation du travail seront cohérents. Pour le transport et la logistique, c’est une piste à examiner avec méthode, au plus près des usages.


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